INTERVIEW DE : Julien Fumard

Portrait Julien  Fumard

Portrait Julien Fumard

Capteur de Rêve ::Bonjour Julien, peux tu te décrire en quelques mots ?

Bonjour Nathalie, je suis informaticien de profession, mais ces dernières années, mes envies de découverte et de photographie ont pris le dessus puisque je reviens d’un “tour du monde” de plus de 2 ans, guidé par mon appareil photo mais qui s’est avéré être bien plus qu’une simple expérience photographique.

CdeR :Quelle est ta spécialité ?

A l’origine, je souhaitais me spécialiser dans la photographie de paysage. J’ai toujours été fasciné par la nature, ce fut donc quelque chose de logique. Mais depuis ce long voyage, je tends à me déconnecter quelque peu du paysage pour m’orienter vers un style plus documentaire, même si j’aime toujours photographier la nature. Tu sais, quand tu voyages dans des coins reculés, tu te rends rapidement compte qu’ici c’est la nature qui façonne la culture et les conditions de vie des êtres humains. Que ce soient des visages, des façons de travailler, des rites ou encore une culture, saisir l’essence de tout cela est un peu comme saisir celle d’un paysage. Cela nécessite patience, connaissance de son sujet, recherche de la lumière, parfois de l’action, … et l’on se retrouve avec quelque chose que je qualifierai en quelque sorte de « paysage humain”. Du coup, je m’y retrouve.

CdeR : Comment es-tu arrivé à la photographie ?

Je t’épargnerai le cliché du gamin a qui on a offert un appareil photo. Même si j’ai eu un appareil photo étant petit, mon intérêt pour l’image ne vient pas de là. Il n’est arrivé que beaucoup plus tard, en 2007, lors de mon premier road-trip en Scandinavie. Pour faire court, j’ai été tellement fasciné par ce que je voyais que j’ai monopolisé ce qui était à la base le cadeau d’anniversaire de ma compagne : son petit appareil photo numérique. Du coup, en rentrant du voyage, j’ai commencé à m’intéresser au monde de la photographie et j’ai investi dans un petit réflex. Pendant des années, ce n’était pas vraiment une passion, juste un hobby. Quatre ans plus tard, alors que je réalisai un rêve et partait travailler à Tromsø (au nord de la Norvège) la passion s’est emparée de moi. D’un simple hobby, la photographie est devenue une véritable obsession. La raison? Allez passer un hiver au dessus du cercle Arctique, les lumières vous le feront comprendre.

CdeR : Comment t’es-tu formé ?

Sur le tas. J’ai commencé par des tutoriels sur internet, puis quelques livres du genre “Apprendre la photographie en 20 étapes”. Quand j’y repense, c’était plus ou moins une perte de temps. Le meilleur moyen d’apprendre le coté technique de la photo est de passer du temps avec son appareil photo et son manuel et surtout d’observer. Il n’y a pas de secret. Quant aux forums, je n’ai jamais vraiment accroché. Je trouvais (et trouve toujours) que les conseils qui y sont donnés, bien que parfois utiles pour un débutant, tendent à standardiser vers une vision de la photographie qui n’est pas la sienne. Je continue d’ailleurs toujours de me former (j’adore apprendre), notamment en lisant/analysant de nombreux livres de photographies. Ca et le terrain, il n’y a pas mieux!

CdeR : Quel est ton matériel photo fétiche ?

N’ayant aucun sponsor à honorer, je ne te citerai pas de marque car ça n’a absolument aucun intérêt. Je te dirai juste que je ne peux absolument plus me passer de mon 70-200 pour le paysage. J’y suis dévoué corps et âme!

CdeR : Peux tu nous commenter la photo que tu as choisi pour illustrer cette interview ?

Nepal by Julien  Fumard

 Nepal by Julien Fumard

Ce n’est peut-être pas ma meilleure photographie à ce jour, je n’en sais rien et je m’en fiche, mais j’y suis très attaché pour plusieurs raisons. Tout d’abord, elle a été prise au Népal, mon premier voyage hors des pays dits ‘riches’, une expérience très importante pour moi. Ensuite, cette randonnée fut ma première randonnée de longue durée, même si en tant que telle elle était plutôt aisée. Cela m’a permis de monter au dessus des 4500m d’altitude (c’est un peu un record personnel idiot, mais à l’époque j’y tenais) et c’est là qu’est née ma fascination pour les pics de haute altitude. Puis, sur cette photo se trouvent des éléments qui me sont chers: l’altitude, le froid, la neige, la glace, … et ce côté fantomatique. Enfin, elle est ma preuve qu’il faut prévoir l’imprévu. Au départ, je n’avais pas l’intention de capturer une photo du Langtang Lirung (ce sommet de 7227m) sous les étoiles. J’avais simplement prévu de partir très tôt afin d’avoir le temps de trouver un lieu idéal pour capturer les premières lueurs du soleil levant. Mais dès que j’ai vu le contraste entre ces deux masses aux couleurs opposées, illuminés par la lune  et sous une voute d’étoiles, j’ai vite déplié mon trépied et capturé ce moment. Je n’ai pas eu le doit à deux tentatives, les étoiles avaient disparu sur la seconde.

CdeR : Quels conseils donnerais tu à un jeune qui débute ?

Files tout de suite lire mon blog (si on est en 2015 au moment où tu lis cette interview), il y aura des tas de bons conseils pour que tu deviennes un grand photographe!   (Capteur de rêve va s’y coller jour et nuit )

Sinon, comme j’ai pu le dire précédemment il n’y a rien de mieux que la pratique. Alors lâche ton ordi et pars avec ton appareil photo. N’hésite surtout pas à te mettre un gros coup de pied au cul : c’est dans les pires conditions qu’on fait les meilleures photographies. Et si vraiment tu ne peux pas partir tout de suite — en es tu vraiment, vraiment sûr? — je t’en supplie, ne passe pas ton temps à regarder les photos sur Flickr, 500px ou autres. A part si tu veux faire la même chose que tout le monde, tu n’y trouveras pas grand chose (rien?). Si tu veux vraiment apprendre la photographie, en plus de la pratique, lis et re-lis des ouvrages de photographes que tu apprécies, va voir des expositions (pas forcément de photographie), observe le monde et quand tu n’as pas d’appareil photo, photographie mentalement. Mais surtout, expérimente. C’est ainsi que tu développeras ta vision.

CdeR : Que recherches-tu à travers cet art ,et à faire partager ?

La célébrité et la richesse, sans aucun doute…

A part ça, rien de particulier, si ce n’est montrer ce que j’aime (et peut-être un jour ce que je déteste) dans ce monde. La photographie est pour moi plus un moyen qu’une fin en soi. Sans cette passion, je n’aurai sans doute jamais réalisé ces rêves d’aventure qui étaient enfouis tout au fond de moi et je ne serai jamais parti à la rencontre de ces gens que j’ai photographié et avec qui j’ai tant appris. Je te citerai cette phrase du photographe David Hurn qui résume bien ce que je pense : “Je suis photographe” est un sésame vers des lieux et des gens que j’éviterai autrement.

CdeR Peux tu nous relater un de tes meilleurs souvenirs ainsi que le pire ?  

Difficile de faire un choix. C’est marrant, en y réfléchissant, mes meilleurs souvenirs liés à la photographie n’ont jamais mené à une belle photographie, ni même parfois à une photographie tout court…

L’un de mes meilleurs souvenirs, en tout cas, a eu lieu au Népal (oui, encore le Népal). Alors que j’aidais Sujan et Anita à s’occuper des gamins de leur orphelinat, Sujan me propose d’aller rendre visite à sa famille dans un petit village éloigné. Il m’en parle avec tellement de nostalgie que ni une ni deux, nous planifions d’y aller ensemble. Une fois arrivés à la ville la plus proche, nous rendons visite à un cousin, à une cousine, puis un autre et encore une autre, avant de monter au village. A chaque visite, nous mangeons et buvons (oui, de l’alcool). Sujan est le seul à parler quelques mots d’Anglais, mais les regards et les petites attentions suffisent pour se comprendre. La nuit tombe, les jeunes — dont je fais partie — commencent à être bien éméchés et les anciens, tels des pères attentionnés, nous demandent d’arrêter de boire et de commencer à monter. Je comprends rapidement pourquoi alors qu’un long chemin escarpé nous mène au village. Avec la plus grande attention du monde, Sujan et sa famille veillent à ce que rien ne m’arrive. Les anciens me prennent même par l bras sur les passages difficiles. C’est un peu gênant cette impression d’être un gamin, mais par politesse je ne dis rien. Sur la montée, on chante, on rit. Le raksi (alcool local) y est peut-être pour quelque chose. Nous arrivons de nuit au village et sommes accueillis en grande pompe par la famille : bénédictions, cadeaux, … Et même si l’on n’est éclairés que par la lumière d’une vieille ampoule et de nos torches, j’y vois assez pour ancrer ce souvenir au plus profond de ma mémoire. J’apprendrai par la suite que je suis le deuxième étranger à être venu au village.

Quant au pire souvenir, il s’est déroulé l’hiver dernier en Mongolie. J’y ai vécu un mois avec des bergers nomades. Au bout d’une semaine, j’ai commencé à être malade. Pas un soir ne passait sans que j’aie à sortir de la yourte pour me diriger vers les “toilettes”, trois bouts de taule rouillée qui offraient un abri sommaire contre le vent pendant que je faisais ce que j’avais à faire. L’hiver en Mongolie est très froid. Les nuits en dessous de -30°C sont fréquentes, mais dans une telle situation, c’est presque un plaisir de passer ses dix prochaines minutes dehors. Ca a duré de nombreux jours avant que j’en identifie la cause. Mais comme si les problèmes de digestion ne suffisaient pas, ce qui s’avérait être une sciatique commença à se déclarer. N’ayant pas eu d’antécédent, je continuai à promener les moutons, à couper le bois et à extraire des blocs de glace de la rivière pour notre stock d’eau comme si de rien n’était, pensant que la douleur allait passer… Elle empirait! La suite de mon voyage fut douloureuse et les longs trajets (parfois sur plusieurs jours) dans des véhicules au confort plus que sommaire et sur des chemins cabossés à l’extrême n’ont rien fait pour arranger les choses. J’ai passé ma dernière semaine à souffrir le martyr dans l’impossibilité de faire un pas sans avoir envie de crier. J’ai ainsi passé les deux premières semaines de mon retour en France allongé à temps plein entre le lit et le canapé, mais j’ai tout de même gardé un souvenir absolument incroyable de ce périple! Les mauvais souvenirs sont ceux qui te forgent et qui, bien souvent, sont les meilleurs à raconter. Du coup, avec le temps, ils se transforment étrangement en de bons souvenirs.

CdeR : Quelles sont les œuvres majeures de ton parcours?

Je n’en sais rien, libre à chacun de penser ce qu’il veut… Mais je doute honnêtement avoir crée une quelconque œuvre à ce jour. On se revoit dans trente ans pour en re-discuter? D’ici là, peut-être en aurai-je crée une, qui sait…

CdeR : Quels sont les photographes qui t’inspirent ?

En nature, je suis un grand fan de Vincent Munier. Pas très original, certes. Après j’aime aussi beaucoup le travail des Haarberg, en tant que grand fan de Scandinavie, ainsi que celui plus récent de Cindy Jeannon ou encore le côté zen des photographies d’Emmanuel Boitier. Niveau documentaire/voyage, en dehors des classiques Steve McCurry, Eugene Smith, Sebastião Salgado ou encore James Nachtwey, j’adore le travail de Ragnar Axelsson (avec Salgado, il m’a fait aimer le noir et blanc), d’Erika Larsen, d’Elena Chernyshova, de Ciril Jazbec ou encore d’Alexandra Meniconzi, de Matthieu Paley et de Matjaz Krivic. Je viens aussi de découvrir qu’Eric Valli, le fameux réalisateur du film “Himalaya”, est photographe. Et je trouve sa série sur les habitants du Dolpo sublime.

CdeR : Quelle est ta plus grande source d’inspiration ?

Le froid, la glace, la neige, l’altitude et les gens qui vivent dans tout ça. Les forêts m’inspirent beaucoup aussi, mais bizarrement je n’ai jamais vraiment réussi à en sortir des clichés intéressants…

CdeR Quels lieux te font rêver ? Si dans l’absolu, tu pouvais y shooter …. 

Même réponse. Du coup, tout ce qui est au-dessus du cercle Arctique, en dessous du cercle Antarctique, ou au dessus de 4000m, m’intéresse. C’est assez vaste, je sais 🙂

CdeR : Photographies-tu avec une idée en tête, ou te laisses tu  porter par les occasions qui se présentent?

Ca dépend. A part pour mes projets (non encore publiés) sur la transition automnale aux îles Lofoten de Norvège ou sur les bergers nomades de Mongolie, les autres projets se sont crées sur le tas. Quand il s’agit de nature et de voyage, j’aime me laisser porter par les évènements. Mais dès qu’il s’agit de quelque chose d’un peu plus documentaire, cela devient tout de suite beaucoup plus difficile, même s’il faut toujours laisser une part au hasard: on n’obtient jamais exactement ce qu’on veut en photographie, il y a toujours des surprises, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.

CdeR : Quels sont les logiciels et plug-ins que tu utilises pour retoucher et gérer tes photos?

On s’en fiche un peu, non? Ce n’est pas ça qui fait une bonne photo.

CdeR : Quels sont tes projets photographiques 2015 ?

Hmmm… c’est secret. Je n’en suis pas encore sûr à 100%, du coup je garde ça pour moi, désolé.

CdeR La question de fin d’interview ,si tu pouvais te réincarner , en quoi et pourquoi ?

Heu… Je n’en sais rien. Je préfère penser à ma vie présente pour le moment. On verra après si j’ai droit à une seconde vie…

CdeR Merci beaucoup Julien pour le temps consacré à nous faire te découvrir ……..

Merci à toi pour l’intérêt que tu portes à mon travail et bonne chance pour la suite!

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